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Elle regardait par
la fenêtre l'immeuble blanc d'en face. Totalement absorbée
dans sa contemplation d'une fenêtre légèrement
à sa droite, la dernière, semblait-il, de cet immeuble.
Quelqu'un répondait à son regard. Un homme ou une
femme ? Quelle importance ? Elle s'était faite belle.
Son chignon bas, enserré dans un demi-cerceau blanc, ses
boucles d'oreille blanches et le col blanc de sa robe bleu foncé
éclairaient son visage. La rue était tranquille,
calme à mourir comme l'était son intérieur.
Inutile de se retourner, elle savait son mari assis dans son
fauteuil bleu, lui aussi habillé d'un costume d'un bleu
plus foncé que celui du fauteuil, le visage éclairé
par sa chemise blanche et le peu de lumière qui entrait
dans ce recoin de la pièce. Il lisait consciencieusement
son journal. Tout était en ordre, assorti. Chaque chose
à sa place et chacun tenait la sienne. Lui goûtait
le repos intelligent d'un homme qui s'est dépensé
dans son travail. Elle s'absorbait dans ce calme qui la rassurait.
Elle était loin des brailleries de la ville. Le pot-de-fleur
sur le rebord de la fenêtre valait campagne. Le cocon dans
lequel ils étaient enfermés était étanche.
Son imagination, stérilisée par l'ennui, ne parvenait
même pas à franchir la rue. Son regard tentait de
deviner, de voir le peu du monde qui existait hors de leur sphère.
Elle ne se souvenait même plus de ce qu'elle en avait connu
avant le mariage. Le bonheur dans l'ennui lui suffisait, et même
la comblait. Elle était une bourgeoise parfaite dans son
appartement bleu, tout de bleu vêtue. Yvette |