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Aux premiers bruits, Mathilde s'était levée. Sur la table en bois vernissée, reposaient encore les tasses en porcelaine. Le café attendrait. Elle se dirigea vers la fenêtre du balcon, celle d'où lui parvenaient d'étranges grondements. Son mari, plongé
dans la lecture de la gazette du matin, restait silencieux. Confortablement
installé dans son fauteuil, il avait la tête des
mauvais jours. Grave, narines et lèvres pincées.
Edmond s'en doutait, Edmond savait. En même temps que s'amplifiait
la rumeur, il lisait dans le Figaro l'information qu'il
redoutait ... Derrière
les tentures bleues, elle vit la vague des ouvriers défiler.
Une foule d'hommes, de femmes mais aussi d'enfants accrochés
aux bras de leur mère. Dans cette marée humaine,
elle distinguait des banderoles aux lettres rouge sang mais elle
avait peine à distinguer les inscriptions. À lui,
son mari, elle n'osait demander des explications sur la cause
de ce tumulte. Que n'aurait-elle
donné pour rejoindre ces femmes qui criaient leur colère,
leur volonté d'un monde meilleur, leur désir de
vivre autrement. Elle aussi, dans son intérieur cossu
suffoquait. Quelle vie lui avait-il apportée, ce directeur
d'entreprise qui, un jour, lui avait demandé sa main ?
Elle avait atteint la cinquantaine et s'étiolait dans
cet appartement qui suintait l'ennui. Mathilde voulait vivre.
Dans ses veines, courait encore une énergie joyeuse, elle
le sentait ... À sa fenêtre, Clotilde reconnut soudain la silhouette de son amie mais emportée dans le mouvement, madame Beaulieu avait très vite disparu. Josette P. |