Manon avait décidé de fuir l'agitation de Paris. L'été était déjà bien avancé et elle voulait profiter des derniers jours où la lumière diffuse une chaleur réconfortante. Elle avait revêtu un chemisier large et une jupe évasée pour être plus libre de ses mouvements. Elle avait choisi un coin des bords de Marne et s'était installée, moitié ombre, moitié soleil, sous un érable au feuillage prune. Elle s'était d'abord allongée, mais la vue de ce ciel bleu, sans nuage, l'avait lassée : il y avait là une perfection, une absence d'accident qui ne pouvait la distraire de ses pensées. Elle s'était redressée pour regarder à sa gauche le reflet des maisons qu'occultait le feuillage des arbres. Elle s'amusa des tâches rouge brique qu'y faisaient les portes, tranchant sur le blanc crème des façades. Puis son regard balaya l'autre rive et fut attiré par un couple assis au bord de l'eau. Elle se redressa et, figée, ne put en détacher son regard : leur gaieté, leur aisance la renvoyait à sa solitude : pourquoi Pierre avait-il, pour la seconde fois, refusé de passer le dimanche avec elle ?

Agnès